Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/189

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sa lecture pour prendre note de tout ce qu’il voudroit retenir par préférence, il remarqua durant cette longue lecture que n’écrivant presque jamais dans les endroits favorables & honorables, il ne manqua point d’écrire avec soin dans tous ceux ou la vérité le forçoit à s’accuser & se charger lui- même. Voilà comment se sont les remarques de ces Messieurs. Et moi aussi j’ai fait celle-là, mais je n’ai pas comme eux omis les autres, & le tout m’a donne des résultants bien differens des leurs.

Par l’heureux effet de ma francise j’avois l’occasion la plus rare & la plus sure de bien connoître un homme, qui est de l’étudier à loisir dans sa vie privée & vivant pour ainsi dire avec lui-même : car il se livra sans réserve & me rendit aussi maître chez lui que chez moi.

Une fois admis dans sa retraite, mon premier soin fut de m’informer des raisons qui l’y tenoient confine. Je savois qu’il avoit toujours sui le grand monde & aime la solitude : mais je savois aussi que dans des sociétés peu nombreuses, il avoit jadis joui des douceurs de l’intimité en homme dont le cœur étoit fait pour elle. Je voulus apprendre pourquoi maintenant détache de tout, il s’étoit tellement concentre dans sa retraite que ce n’étoit plus que par force qu’on parvenoit à l’aborder.

Le François.

Cela n’étoit-il pas tout clair ? Il se gênoit autrefois parce qu’on ne le connoissoit pas encore. Aujourd’hui que bien connu de tous il ne gagneroit plus rien à se contraindre, il se livre tout-a-fait à son horrible misantropie. Il suit les hommes