Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/193

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sont détenus, devenir inhumains féroces, & prendre en haine avec leur chaîne tout ce qui n’en est pas charge comme eux. Mais les solitaires par goût & par choix sont naturellement humains hospitaliers caressans. Ce n’est pas parce qu’ils haïssent les hommes, mais parce qu’ils aiment le repos & la paix qu’ils fuyent le tumulte & le bruit. La longue privation de la société la leur rend même agréable & douce, quand elle s’offre à eux sans contrainte. Ils en jouissent alors délicieusement, & cela se voit. Elle est pour eux ce qu’est le commerce des femmes pour ceux qui ne passent pas leur vie avec elles, mais qui, dans les courts momens qu’ils y passent, y trouvent des charmes ignores des galants de profession.

Je ne comprends pas comment un homme de bon sens peut adopter un seul moment la sentence du Philosophe D***

[Diderot]

elle a beau être hautaine & tranchante, elle n’en est pas moins absurde & fausse. Eh qui ne voit au contraire qu’il n’est pas possible que le méchant aime à vivre seul & vis-à-vis de lui-même ? Il s’y sentiroit en trop mauvaise compagnie, il y seroit trop mal à son aise, il ne s’y supporteroit pas long-tems, ou bien, sa passion dominante y restant toujours oisive, il faudroit qu’elle s’éteignit & qu’il y redevint bon. L’amour-propre, principe de toute méchanceté, s’avive & s’exalte dans la société qui l’a fait naître & ou l’on est à chaque instant force de se comparer ; il languit & meurt faute d’aliment dans la solitude. Quiconque se suffit à lui-même ne veut nuire à qui que ce soit. Cette maxime est moins éclatante, & moins arrogante, mais plus sensée & plus juste que celle du Philosophe D***

[Diderot] , & préférable au moins en ce qu’elle ne tend