Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/197

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


que trahisons duplicité mensonge, & que tous en s’empressant à le recevoir à le prévenir à l’attirer, paroissoient si contens de sa diffamation, y contribuoient de si bon cœur, lui faisoient des caresses si fardées, le louoient d’un ton si peu sensible à son cœur, lui prodiguoient l’admiration la plus outrée avec si peu d’estime & de considération, qu’ennuyé de ces démonstrations moqueuses & mensongères, & indigne d’être ainsi le jouet de ses prétendus amis, il cessa de les voir, se retira sans leur cacher son dédain, & après avoir cherche long-tems sans succès un homme, éteignit sa lanterne & se renferma tout-à-fait au-dedans de lui.

C’est dans cet état de retraite absolue que je le trouvai & que j’entrepris de le connoître. Attentif à tout ce qui pouvoit manifester à mes yeux son intérieur, en garde contre tout jugement précipité, résolu de le juger non sur quelques mots épars ni sur quelques circonstances particulieres, mais sur le concours de ses discours de ses actions de ses habitudes, & sur cette constante maniere d’être, qui seule décelé infailliblement un caractere, mais qui demande pour être apperçue plus de suite plus de persévérance, & moins de confiance au premier coup-d’œil, que le tiède amour de la justice, dépouille de tout autre intérêt & combattu par les tranchantes décisions de l’amour-propre, n’en inspire au commun des hommes. Il falut, par conséquent, commencer par tout voir, par tout entendre, par tenir note de tout, avant de prononcer sur rien, jusqu’à ce que j’eusse assemble des matériaux suffisans pour fonder un jugement solide qui ne fut l’ouvrage ni de la passion ni du préjugé.