Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/206

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N’est-il pas vrai que si je multipliois ces oppositions, comme je le pourrois faire, vous les prendriez pour des jeux d’imagination qui-n’auroient aucune réalité ? & cependant je ne vous dirois rien qui ne fut, non comme à vous affirme par d’autres, mais autres, par ma propre conscience. Cette maniere simple mais peu croyable de démentir les affections bruyantes des gens passionnes, par les observations paisibles mais sures d’un homme impartial, seroit donc inutile & ne produiroit aucun effet. D’ailleurs la situation de J. J. à certains égards est même trop incroyable pour pouvoir être bien dévoilée. Cependant pour le bien connoître il faudroit la connoître à fond ; il faudroit connoître & ce qu’il endure & ce qui le lui fait supporter. Or tout cela ne peut bien se dire ; pour le croire il faut l’avoir vu.

Mais essayons s’il n’y auroit point quelqu’autre route aussi droite & moins traversée pour arriver au même but. S’il n’y auroit point quelque moyen de vous faire sentir, tout-d’un-coup par une impression simple & immédiate, ce que dans les opinions ou vous êtes je ne saurois vous persuader en procédant graduellement sans attaquer sans cesse par des négations dures les tranchantes assertions de vos Messieurs. Je voudrois tacher pour cela de vous esquisser ici le portrait de mon J. J. tel qu’après un long examen de l’original l’idée s’en est empreinte dans mon esprit. D’abord vous pourrez compare ce portrait à celui qu’ils en ont trace, juger lequel des deux est le plus lie dans ses parties & paroît former le mieux un seul tout, lequel explique le plus naturellement & le plus clairement la conduite de celui qu’il représente, ses goûts ses