Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/211

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Le François.

Ne vous échauffez pas. Laissons ce nouveau paradoxe sur lequel on peut disputer, & revenons À la sensibilité de notre homme, dont vous convenez vous-même, & qui se déduit de vos observations. D’une profonde indifférence sur tout ce qui ne touche pas son petit individu, il ne s’anime jamais que pour son propre intérêt. Mais toutes les fois qu’il s’agit de lui, la violente intensité de son amour-propre doit en effet l’agiter jusqu’au transport, & ce n’est que quand cette agitation se modère qu’il commence d’exhaler sa bile & sa rage, qui dans les premiers momens se concentre avec force autour de son cœur.

Rousseau.

Mes observations, dont vous tirez ce résultat m’en fournissent un tout contraire. Il est certain qu’il ne s’affecte pas généralement comme tous nos auteurs de toutes les questions un peu fines qui se présentent, & qu’il ne suffit pas, pour qu’une discussion l’intéresse, que l’esprit puisse y briller. J’ai toujours vu, j’en conviens, que pour vaincre sa paresse à parler & l’émouvoir dans la conversation il faloit un autre intérêt que celui de la vanité du babil, mais je n’ai gueres vu que cet intérêt capable de l’animer fut son intérêt propre, celui de son individu. Au contraire, quand il s’agit de lui, soit qu’on le cajole par des flatteries, soit qu’on cherche à l’outrager à mots couverts, je lui ai toujours trouve un air nonchalant & dédaigneux, qui ne montroit pas qu’il fit un grand cas de tous ces discours, ni de ceux qui les lui tenoient, ni de leurs opinions