Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/212

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sur son compte : mais l’intérêt plus grand plus noble qui l’anime & le passionne est celui de la justice & de vérité, & je ne l’ai jamais vu écouter de sang-froid toute doctrine qu’il crut nuisible au bien public. Son embarras de parler peut souvent l’empêcher de se commettre, lui & bonne cause vis-à-vis ces brillans péroreurs qui savent habiller en termes séduisans & magnifiques leur cruelle philosophie : mais il est aise de voir alors l’effort qu’il fait pour se taire, & combien son cœur souffre à laisser propager des erreurs qu’il croit funestes au genre-humain. Défenseur indiscret du foible & de l’opprime qu’il ne connoît même pas, je l’ai vu souvent rompre impétueusement en visière au puissant oppressent qui, sans paroître offense de son audace, s’apprêtoit sous l’air de la modération à lui faire payer cher un jour cette incartade : de sorte que tandis qu’au zele emporte de l’un on le prend pour un furieux, l’autre en méditant en secret de noirceurs paroît un sage qui se possede ; & voilà comment, jugeant toujours sur les apparences, les hommes le plus souvent prennent le contre-pied de la vérité

Je l’ai vu se passionner de même, & souvent jusqu’au larmes pour les choses bonnes & belles dont il étoit frappe dans les merveilles de la nature, dans les œuvres des hommes dans les vertus dans les talens dans les beaux-arts & généralement dans tout ce qui porte un caractere de force de grace ou de vérité digne d’émouvoir une ame sensible. Mais, sur-tout, ce que je n’ai vu qu’en lui seul au monde, c’est un égal attachement pour les productions de ses plus cruel ennemis, & même pour celles qui déposoient contre ses propres