Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/213

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idées, lorsqu’il y trouvoit les beautés faites pour toucher son cœur, les goûtant avec le même plaisir, les louant avec le même zele que si son amour-propre n’en eut point reçu d’atteinte, que si l’Auteur eut été son meilleur ami, & s’indignant avec le même feu des cabales faites pour leur ôter avec les suffrages du public le prix qui leur étoit du. Son grand malheur est que tout cela n’est jamais regle par la prudence, & qu’il se livre impétueusement au mouvement dont il est agite sans en prévoir l’effet & les suites, ou sans s’en soucier : S’animer modérément n’est pas une chose en sa puissance. Il faut qu’il soit de flamme ou de glace ; quand il est tiède il est nul.

Enfin j`ai remarque que l’activité de son ame duroit peu, qu’elle étoit courre à proportion qu’elle étoit vive, que l’ardeur de ses passions les consumoit les dévoroit elles -mêmes ; & qu’après de fortes & rapides explosions elles s’anéantissoient aussi-tôt & le laissoient retomber dans ce premier engourdissement qui le livre au seul empire de l’habitude & me paroît être son état permanent & naturel.

Voilà le précis des observations d’ou j’ai tire la connoissance de sa constitution physique, & par des conséquences nécessaires, confirmées sa conduite en toute chose, celle de son vrai caractere. Ces observations & les autres qui s’y rapportent offrent pour résultat un tempérament mixte forme d’elémens qui paroissent contraires : un cœur sensible, ardent ou très-inflammable ; un cerveau compacte & lourd, dont les parties solides & massives ne peuvent être ébranlées que par une agitation du sang vive & prolongée. Je ne cherche point à lever en physicien ces apparentes contradictions, & que m’importe ?