Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/218

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sens qu’après avoir perce par quelque cote jusqu’à son cœur. Je l’ai vu faire deux lieues par jour durant presque tout un printems pour aller écouter à Berci le rossignol à son aise ; il faloit l’eau la verdure la solitude & les bois pour rendre le chant de cet oiseau touchant à son oreille, & la campagne elle-même auroit moins de charme à ses yeux s’il n’y voyoit les soins de la mere commune qui se plaît à parer le séjour de ses enfans. Ce qu’il y a de mixte dans la plupart de ses sensations les tempere, & ôtant à celles qui sont purement matérielles l’attrait séducteur des autres fait que toutes agissent sur lui plus modérément. Ainsi sa sensualité, quoique vive, n’est jamais fougueuse, & sentant moins les privations que les jouissances, il pourroit se dire en un sens plutôt tempérant que sobre. Cependant l’abstinence totale peut lui coûter quand l’imagination le tourmente, au lieu que la modération ne lui coûte plus rien dans ce qu’il possede, parce qu’alors l’imagination n’agit plus. S’il aime à jouir c’est seulement après avoir désire, & il n’attend pas pour cesser que le de désir cesse, il suffit qu’il soit attiédi. Ses goûts sont sains, délicats même mais non pas rafinés. Le bon vin les bons mets lui plaisent fort, mais il aime par préférence ceux sont simples communs sans apprêt, mais choisis dans leur espece, & ne fait aucun cas en aucune chose du prix que donne uniquement la rareté. Il hait les mets fins & la cher trop recherchée. Il entre bien rarement chez lui du gibier, & n’y en entreroit jamais s’il y étoit mieux le maître. Ses repas ses festins sont d’un plat unique de toujours le même jusqu’à ce qu’il soit acheve. En un mot, il est sensuel