Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/220

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bien voir quand il ne faisoit que sentir vivement. Mais celui qui ne sait voir que les objets qui le touchent en détermine mal les rapports, &quelque délicat que soit le toucher d’un aveugle il ne lui tiendra jamais lieu de deux bons yeux. Eu un mot, tout ce qui n’est que de pure curiosité soit dans les arts soit dans le monde, soit dans la nature ne tente ni ne flatte J. J. en aucune sorte, & jamais on ne le verra s’en occuper volontairement un seul moment. Tout cela tient encore à cette paresse de penser qui déjà trop contrariée pour son propre compte l’empêche d’être affecte des objets indifferens. C’est aussi par-la qu’il faut expliquer ces distractions continuelles qui dans les conversations ordinaires l’empêchent d’entendre presque rien de ce qui se dit, & vous quelquefois jusqu’à la stupidité. Ces distractions ne viennent pas de ce qu’il pense à autre chose, mais de ce qu’il ne pense à rien, & qu’il ne peut supporter la fatigue d’écouter ce qu’il lui importe peu de savoir : il paroît distrait sans l’être & n’est exactement qu’engourdi.

De-là les imprudences & les balourdises qui lui échappent à tout moment, & qui lui ont fait plus de mal que ne lui en auroient fait les vices les plus odieux : car ces vices l’auroient force d’être attentif sur lui-même pour les déguiser aux yeux d’autrui. Les gens adroits faux malfaisans sont toujours en garde & ne donnent aucune prise sur eux par leurs discours. On est bien moins soigneux de cacher le mal quand on sent le bien qui le rachète, & qu’on ne risque rien, à se montrer tel qu’on est. Quel est l’honnête homme qui n’ait ni vice ni défaut, & qui se mettant toujours à découvert