Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/222

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& de la méchanceté peut bien lui rendre odieux l’homme injuste & le méchant, mais sans qu’il se mêle à cette aversion rien de personnel qui tienne à l’amour-propre. Rien de celui d’auteur & d’homme de lettres ne se fait sentir en lui. Jamais sentiment de haine & de jalousie contre aucun homme ne prit racine au fond de sou cœur. Jamais on ne l’ouit dépriser ni rabaisser les hommes célèbres pour nuire à leur réputation. De sa vie il n’à tente, même dans ses courts succès de se faire ni parti ni prosélytes ni de primer nulle part. Dans toutes le sociétés ou il a vécu il a toujours laisse donner le ton par d’autres, s’attachant lui-même des premiers à leur char, parce qu’il leur trouvoit du mérite & que leur esprit epargnoit de la peine au lien ; tellement que dans aucune de ces sociétés on ne s’est jamais doute des talens prodigieux dont le public le gratifie aujourd’hui pour en faire les instrumens de ses crimes ; & maintenant encore s’il vivoit parmi des gens non prévenus qui ne fussent point qu’il a fait des livres, je suis sur que loin de l’en croire capable, tous s’accorderoient à ne lui trouver ni goût ni vocation pour ce métier.

Ce même naturel ardent &doux se fait constamment sentir dans tous les écrits comme dans ses discours. Il ne cherche ni n’évite de parler de ses ennemis. Quand il en parle, c’est avec une fierté sans dédain, avec une plaisanterie sans fiel, avec des reproches sans amertumes, avec une franchise sans malignité. Et de même il ne parle de ses rivaux de gloire qu’avec des éloges mérites sous lesquels aucun venin ne se cache ; ce qu’on ne dira surement pas de ceux qu’ils sont quelquefois de lui. Mais ce que j’ai trouve en lui de plus rare