Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/230

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qui arrive très-fréquemment aux Orientaux ; c’est ce qui est arrive à J. J. qui leur ressemble à bien des égards. Trop soumis à ses sens pour pouvoir dans les jeux de la sienne en secouer le joug, il ne s’éleveroit pas sans peine à des méditations purement abstraites, & ne s’y soutiendroit pas long-tems. Mais cette foiblesse d’entendement lui est peut-être plus avantageuse que ne seroit une tête plus philosophique. Le concours des objets sensibles rend les méditations moins séches plus douces plus illusoires plus appropriées à lui tout entier. La nature s’habille pour lui des formes les plus charmantes, se peint à ses yeux des couleurs les plus vives, se peuple pour son usage d’êtres selon son cœur ; & lequel est le plus consolant dans l’infortune de profondes conceptions qui fatiguent, ou de riantes fictions qui ravissent, & transportent celui qui s’y livre au sein de la félicité ? Il raisonne moins, il est vrai, mais il jouit davantage : il ne perd pas un moment pour la jouissance, & si-tôt qu’il est seul il est heureux.

La rêverie, quelque douce qu’elle soit épuise & fatigue à la longue, elle a besoin de délassement. On le trouve en laissant reposer sa tête & livrant uniquement ses sens à l’impression des objets extérieurs. Le plus indifférent spectacle à sa douceur par le relâche qu’il nous procure, & pour peu que l’impression ne soit pas tout-à-fait nulle, le mouvement léger dont elle nous agite suffit pour nous préserver d’un engourdissement léthargique & nourrir en nous le plaisir d’exister sans donner de l’exercice à nos facultés. Le contemplatif J. J. en tout autre tems si peu attentif aux objets qui l’entourent à souvent grand