Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/233

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ici la même chose : car qu’est-ce que la raison pratique, si ce n’est le sacrifice d’un bien présent & passager aux moyens de s’en procurer un jour de plus grands ou de plus solides, & qu’est-ce que l’intérêt si ce n’est l’augmentation & l’extension continuelle de ces mêmes moyens ? L’homme intéresse songe moins à jouir qu’à multiplier pour lui l’instrument des jouissances. Il n’a point proprement de passions non plus que l’avare, ou il les surmonte & travaille uniquement par un excès de prévoyance à se mettre en état de satisfaire à son aise celles qui pourront lui venir un jour. Les véritables passions, plus rares qu’on ne pense parmi les hommes, le deviennent de jour en jour d’avantage, l’intérêt les élime les atténue, les engloutit toutes, & la vanité, qui n’est qu’une bêtise de l’amour-propre, aide encore à les étouffer. La devise du Baron de Feneste se lit en gros caracteres sur toutes les actions des hommes de nos jours c’est pour paroistre. Ces dispositions habituelles ne sont gueres propres à laisser agir les vrais mouvemens du cœur.

Pour J. J. incapable d’une prévoyance un peu suivie, & tout entier à chaque sentiment qui, il ne connoît pas même pendant sa durée qu’il puisse jamais cesser d’en être affecte. Il ne pense à son intérêt c’est-à-dire à l’avenir que dans un calme absolu ; mais il tombe alors dans un tel engourdissement qu’autant vaudroit qu’il n’y pensât point du tout. Il peut bien dire, au contraire de ces gens de l’Evangile & de ceux de nos jours, qu’ou est le cœur là est aussi son trésor. En un mot son ame est forte ou foible à l’excès, selon les rapports sous lesquels on l’envisage. Sa force n’est pas dans