Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/235

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& sans énergie. Dans son age mur il trouva des esprits vifs éclaires & fins, mais faux doubles & mechans, qui parurent l’aimer tant qu’ils eurent la premiere place, mais qui des qu’ils s’en crurent offusques n’usèrent de sa confiance que pour l’accabler d’opprobres de malheurs. Enfin, se voyant devenu la risée & le jouet de son siecle sans savoir comment ni pourquoi il comprit que vieillissant dans la haine publique il n’avoir plus rien à espérer des hommes, & se de trompant trop tard des illusions qui l’avoient abuse si long-tems il se livra tout entier à celles qu’il pouvoit réaliser tous les jours, & finit par nourrir de ses seules chimères son cœur que le besoin d’aimer avoit toujours dévore. Tous ses goûts toutes ses passions ont ainsi leurs objets dans une autre sphère. Cet homme tient moins à celle-ci qu’aucun autre mortel qui me soit connu. Ce n’est pas de quoi se faire aimer de ceux qui l’habitent, & qui se sentant dépendre de tout le monde veulent aussi que tout le monde dépende d’eux.

Ces causes tirées des evenemens de sa vie auroient pu seules lui faire fuir la foule & rechercher la solitude. Les causes naturelles tirées de sa constitution auroient du seules produire aussi le même effet. Jugez s’il pouvoir échapper au concours de ces différentes causes pour le rendre ce qu’il est aujourd-’hui. Pour mieux sentir cette nécessité écartons un moment tous les faits, ne supposons connu que le tempérament que je vous ai décrit, & voyons ce qui devroit naturellement en résulter dans un être fictif dont nous n’aurions aucune autre idée.

Doue d’un cœur très-sensible & d’une imagination très-vive,