Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/248

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cesse à les augmenter ? En admirant les progrès de l’esprit humain il s’étonnoit de voir croître en même proportion les calamites publiques. Il entrevoyoit une secrète opposition entre la constitution de l’homme & celle de nos sociétés ; mais c’étoit plutôt un sentiment sourd une notion confuse qu’un jugement clair & développé. L’opinion publique l’avoir trop subjugue lui-même pour qu’il osât réclamer contre de si unanimes décisions.

Une malheureuse question d’académie qu’il lut dans un mercure vint tout-à-coup dessiller ses yeux, débrouiller ce cahos dans sa tête, lui montrer un autre univers, un véritable age d’or, des sociétés d’hommes simples sages heureux, & réaliser en espérance toutes ses visions, par la destruction des préjugés qui l’avoient subjugue lui-même ; mais dont il crut en ce moment voir découler les vices & les miseres du genre-humain. De la vive effervescence qui se alors dans son ame sortirent des étincelles de génie qu’on a vu briller dans ses écrits durant dix ans de délire & de fievre ; mais dont aucun vestige n’avoir paru jusqu’alors, & qui vraisemblablement n’auroient plus brille dans la suite si cet accès passe il eut voulu continuer d’écrire. Enflamme par la contemplation de ces grands objets, il les avoir toujours présens à sa pensée, & les comparant à l’état réel des choses il les voyoit chaque jour sous des rapports tout nouveau pour lui. Berce du ridicule espoir de faire enfin triompher des préjugés & du mensonge la raison la vérité, & de rendre les hommes sages en leur montrant leur véritable intérêt, son cœur, échauffé par l’idée du bonheur futur du