Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/251

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J’ai commence par examiner son ouvrage, bien sur que s’il n’y vaquoit que par maniere d’acquit, j’y verrois des traces de l’ennui qu’il doit lui donner depuis si long-tems. Sa note mal formée m’a paru faite pesamment lentement sans facilite sans grace mais avec exactitude. On voit qu’il tache de suppléer aux dispositions qui lui manquent, à force de travail & de soins. Mais ceux qu’il y met ne s’appercevant que par l’examen, & n’ayant leur effet que dans l’exécution, sur quoi les musiciens, qui ne l’aiment pas ne sont pas toujours sinceres, ne compensent pas aux yeux du public les défauts, qui d’abord sautent à la vue.

N’ayant l’esprit présent à rien, il ne l’a pas non plus à son travail, sur-tout force par l’affluence des survenans de l’associer avec le babil. Il fait beaucoup de fautes, & il les corrige ensuite en grattant son papier avec une perte de tems & des peines incroyables. J’ai vu des pages presque entières qu’il avoit mieux aime gratter ainsi que de recommencer la feuille, ce qui auroit été bien plutôt fait ; mais il entre dans son tour d’esprit laborieusement paresseux, de ne pouvoir se résoudre à refaire à neuf ce qu’il a fait une sois quoique mal. Il met à le corriger une opiniâtreté qu’il ne peut satisfaire qu’à force de peine & de tems. Du reste le plus long le plus ennuyeux travail ne sauroit lasser sa patience, & souvent faisant faute sur faute je l’ai vu gratter & regratter jusqu’à percer le papier sur lequel ensuite il colloit des pieces. Rien ne m’a sait juger que ce travail l’ennuyât, & il paroît au bout de six ans s’y livrer avec le même goût & le même zele que s’il ne faisoit que de commencer.