Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/265

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puisqu’on falsifie tout ouvertement mes anciens écrits qui sont dans les mains de tout le monde, manqueroit-on de falsifier ceux qui n’auroient point encore paru, & dont rien ne pourroit constater la falsification, puisque mes protestations sont comptées pour rien ? Eh, Monsieur, pouvez-vous ne pas voir que le grand le seul crime qu’ils redoutent de moi, crime affreux dont l’effroi les tient dans des transes continuelles, est ma justification ?”

“Faire des livres pour subsister eut été me mettre dans la dépendance du public. Il eut été des-lors question, non d’instruire & de corriger, mais de plaire & de réussir. Cela ne pouvoit plus se faire en suivant la route que j’avois prise ; les tems étoient trop changes & le public avoir trop changes pour moi. Quand je publiai mes premiers écrits, encore livre à lui-même, il n’avoit point en total adopte de secte & pouvoir écouter la voix de la vérité & de la raison. Mais aujourd’hui subjugue tout entier il ne pense plus il ne raisonne plus il n’est plus rien par lui-même, & ne suit plus que les impressions que lui donnent ses guides. L’unique doctrine qu’il peut goûter désormais est celle qui met ses passions à leur aise & couvre d’un vernis de sagesse le dérèglement de ses mœurs. Il ne reste plus qu’une route pour quiconque aspire à lui y plaire. C’est de suivre à la piste les brillans auteurs de ce siecle & de prêcher comme eux dans une morale hypocrite, l’amour des vertus, & la haine du vice, mais après avoir commence par prononcer comme eux que tout cela sont des mots vides de sens, faits pour amuser le peuple,