Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/272

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celui de l’habitude. C’est par elle qu’il aime à faire encore aujourd’hui ce qu’il fit hier, sans autre motif si ce n’est qu’il le fit hier. La route étant déjà frayée il a moins de peine à la suivre qu’à l’effort d’une nouvelle direction. Il est incroyable à quel point cette paresse de vouloir le subjugue. Cela se voit jusques dans ses promenades. Il répétera toujours la même jusqu’à ce que quelque motif le force absolument d’en changer : ses pieds le reportent d’eux-mêmes ou ils l’ont déjà porte. Il aime à marcher toujours devant lui, parce que cela se fait sans avoir besoin d’y penser. Il iroit de cette façon toujours rêvant jusqu’à la Chine sans s’en appercevoir, ou sans s’ennuyer. Voilà pourquoi les longues promenades lui plaisent ; mais il n’aime pas les jardins ou à chaque bout d’allée une petite direction est nécessaire pour tourner & revenir sur ses pas, & en compagnie il se met sans y penser à la suite des autres pour n’avoir pas besoin de penser à son chemin ; aussi n’en a-t-il jamais retenu aucun qu’il ne l’eut fait seul.

Tous les hommes sont naturellement paresseux, leur intérêt même ne les anime pas, & les plus pressans besoins ne les sont agir que par secousses ; mais à mesure que l’amour-propre s’éveille il les excite les pousse, les tient sans cesse en haleine parce qu’il est la seule passion qui leur parle toujours : c’est ainsi qu’on les voit tous dans le monde. L’homme en qui l’amour-propre ne domine pas & qui ne va point chercher son bonheur loin de lui est le seul qui connoisse l’incurie & les doux loisirs, & J. J. est cet homme-là autant que je puis m’y connoître. Rien n’est plus uniforme que sa maniere de vivre : il se lève se couche mange travaille sort & rentre aux