Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/274

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par paresse par nonchalance par aversion de la dépendance & de la génie que J. J. copie de la musique. Il fait sa tache quand & comment il lui plaît, il ne doit compte de sa journée de son tems de son travail de son loisir à personne. Il n’a besoin de rien arranger de rien prévoir de prendre aucun souci de rien, il n’a nulle dépense d’esprit à faire, il est lui & à lui tous les jours, tout le jour ; & le soir quand il se délasse & se promene, son ame ne sort du calme que pour se livrer à des émotions délicieuses sans qu’il ait à payer de sa personne, & à soutenir le faix de la célébrité par de brillantes ou savantes conversations qui feroient le tourment de sa vie sans flatter sa vanité.

Il travaille lentement, pesamment, fait beaucoup de fautes, efface ou recommence sans cesse, cela l’a force de taxer haut son ouvrage, quoiqu’il en sente mieux que personne l’imperfection. Il n’épargne cependant ni frais ni soins pour lui faire valoir son prix, & il y met des attentions qui ne sont pas sans effet & qu’on attendroit en vain des autres copistes. Ce prix même quelque fort qu’il soit seroit peut-être au-dessous du leur, si l’on en déduisoit ce qu’on s’amure à lui faire perdre, soit en ne retirant ou en ne payant point l’ouvrage qu’on lui fait faire, soit en le détournant de son travail en mille manieres dont les autres copistes sont exempts. S’il abuse en cela de sa célébrité, il le sent & s’en afflige ; mais c’est un bien peut avantage contre tant de maux qu’elle lui attire, & il ne sauroit faire autrement sans s’exposer à des inconvéniens qu’il n’a pas le courage de supporter. Au lieu qu’avec ce modique supplément acheté par son travail, sa situation présente est