Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/278

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de tout leur cœur aux moyens pris pour empêcher ; lui de les dire & eux de les savoir. Les gens même les plus équitables sont portes à chercher des causes bizarres à une conduite extraordinaire, & au contraire, c’est à force d’être naturelle que celle de J. J. est peu commune : mais c’est ce qu’on ne peut sentir qu’après avoir fait une étude attentive de son tempérament de son humeur de les goûts de toute sa constitution. Les hommes n’y sont pas tant de façon pour se juger entr’eux. Ils s’attribuent réciproquement les motifs qui pourroient faire agir le jugeant comme fait le juge s’il étoit à sa place, & souvent ils rencontrent juste parce qu’ils sont tous conduits par l’opinion, par les préjugés, par l’amour-propre, par toutes les passions factices qui en sont le cortege, & sur -tout par ce vis intérêt prévoyant & pourvoyant, qui les jette toujours loin du présent & qui n’est rien pour l’homme de la nature.

Mais ils sont si loin de remonter aux pures impulsions de cette nature & de les connoître que s’ils parvenoient à comprendre enfin que ce n’est point par ostentation que J. J. se conduit si différemment qu’ils ne sont, le plus grand nombre en concluroit aussi-tôt que c’est donc par bassesse d’ame, quelques-uns peut-être que c’est par une héroïque vertu, & tous se tromperoient également. Il y a de la bassesse à choisir volontairement un emploi digne de mépris, ou à recevoir par aumône ce qu’on peut gagner par son travail ; mais il n’y en a point à vivre d’un travail honnête plutôt que d’aumônes, ou plutôt que d’intriguer pour parvenir. Il y a de la vertu à vaincre ses pechans pour faire son devoir, mais il n’y en a