Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/279

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point à les suivre pour se livrer à des occupations de son goût, quoiqu’ignobles aux yeux des hommes.

Les cause des faux jugemens portes sur J. J. est qu’on suppose toujours qu’il lui a falu de grands efforts pour être autrement que les autres hommes, au lieu que, constitue comme il est, il lui en eut falu de très-grande pour être comme eux. Une de mes observations les plus certaines & dont le public se doute le moins est qu’impatient emporte sujet aux plus vives coleres, il ne connoît pas néanmoins la haine, & que jamais désir de vengeance n’entra dans ton cœur. Si quelqu’un pouvoit admettre un fait si contraire aux idées qu’on a de l’homme, on lui donneroit aussi-tôt pour cause un effort sublime, la pénible victoire sur l’amour-propre, la grande mais difficile vertu du pardon des ennemis, & c’est simplement un effet naturel du tempérament que je vous ai décrit. Toujours occupe de lui-même ou pour lui-même & trop avide de son propre bien pour avoir le tems de songer au mal d’un autre, il ne s’avise point de ces jalouses comparaisons d’amour-propre d’ou naissent les passions dont j’ai parle. J’ose même dire qu’il n’y a point de constitution plus éloigné que la sienne de la méchanceté ; car son vice dominant est de s’occuper de lui plus que des autres, & celui des mechans, au contraire, est de s’occuper plus des autres que d’eux ; & c’est précisément pour cela qu’à prendre le mot d’égoïsme dans son vrai sens, ils sont tous égoïstes & qu’il ne l’est point, parce qu’il ne se met ni à cote ni au-dessus ni au-dessous de personne, & que le déplacement de personne n’est nécessaire à son bonheur. Toutes ses méditations sont