Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/287

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Maintenant il paroît ne plus rien désirer. Indifférent sur le reste de sa carriere il en voit avec plaisir approcher le terme, mais sans l’accélérer même par ses souhaits. Je doute que jamais mortel ait mieux & plus sincérement dit à Dieu, que ta volonté soit faite, & ce n’est pas, sans doute, une résignation fort méritoire à qui ne voit plus rien sur qui puisse flatter son cœur. Mais dans sa jeunesse ou le feu du tempérament & de l’age dut souvent enflammer ses desirs, il en pût former d’assez vifs, mais rarement d’assez durables pour vaincre les obstacles quelquefois très-surmontables qui l’arrêtoient. En désirant beaucoup il dut obtenir fort peu, parce sont pas les seuls élans du cœur qui sont atteindre & à l’objet, & qu’il y faut d’autres moyens n’a jamais su mettre en œuvre. La plus incroyable timidité, la plus excessive indolence, auroient cede quelquefois peut-être à la force du désir, s’il n’eut trouve dans cette force même l’art d’éluder les soins qu’elle sembloit exiger, & c’est encore ici des clefs de son caractere celle qui en découvre le mieux les ressorts. À force de s’occuper de l’objet qu’il convoite, à force d’y rendre par les desirs, sa bienfaisante imagination arrive au terme en sautant par-dessus les obstacles qui arrêtent ou l’effarouchent. Elle fait plus ; écartant de l’objet tout ce qu’il a d’étranger à sa convoitise, elle ne le lui présente qu’approprie de tout point à son désir. Par-là ses fictions lui deviennent plus douces que des réalités mêmes ; elles en écartent les défauts avec les difficultés, elles les lui livrent préparées tout express pour lui, & sont que désirer & jouir ne sont pour lui qu’une même chose. Est-il étonnant qu’un