Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/310

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suivoient par-tout, qui lui voloient sur les bras sur la tête jusqu’a l’importunité : il apprivoisoit les oiseaux les poissons avec une patience incroyable, & il est parvenu à Monquin à faire nicher des hirondelles dans sa chambre avec tant de confiance, qu’elles s’y laissoient même enfermer sans s’effaroucher. En un mot ses amusemens ses plaisirs sont innocens & doux comme ses travaux comme ses penchans ; il n’y a pas dans son ame un goût qui soit hors de la nature ni coûteux ou criminel à satisfaire, & pour être heureux autant qu’il est possible ici-bas, la fortune lui eut cite inutile, encore plus la célébrité, il ne lui faloit que la santé le nécessaire le repos & l’amitié.

Je vous ai décrit les principaux traits de l’homme que j’ai vu, & le me suis borne dans mes descriptions, non-seulement à ce qui peut de même être vu de tout autre, s’il ports à cet examen un œil attentif & non prévenu, mais à ce qui n’étant ni bien ni mal en soi, ne peut être affecte long -tems par hypocrisie. Quant à ce qui quoique vrai n’est pas vrai n’est pas vraisemblable, tout ce qui n’est connu que du Ciel & de moi, mais eut pu mériter de l’être des hommes, ou ce qui, même connu d’autrui, ne peut être dit de soi -même avec bienséance, n’espérez pas que je vous en parle, non plus que ceux dont il est connu ; si tout son prix est dans les suffrages des hommes, c’est à jamais autant de perdu. Je ne vous parlerai pas non plus de ses vices ; non qu’il n’en ait de très-grands ; mais parce qu’ils n’ont jamais fait de mal qu’à lui, & qu’il n’en doit aucun compte aux autres : le mal qui ne nuit point à autrui peut se taire quand on tait le bien qui le rachète. Il n’a pas