Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/313

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le complot. Je connois d’honnêtes-gens qui ne haïssent point J. J. c’est-a-dire, qui ne professent point pour lui cette bienveillance traîtresse qui selon vous n’est qu’une haine plus meurtrière. Ils estiment ses talens sans aimer ni haïr sa personne, & n’ont pas une grande confiance en toute cette générosité si bruyante qu’on admire dans nos Messieurs. Cependant sur bien des points, ces personnes équitables s’accordent à penser comme le public à son égard. Ce qu’elles ont vu par elles-mêmes, ce qu’elles ont appris les unes des autres, donne une idée peu favorable de les mœurs, de sa droiture, de sa douceur, de son humanité, de son désintéressement, de toutes les vertus qu’il étaloit avec tant de faste. Il faut lui passer des défauts, même des vices, puisqu’il est homme ; mais il en est de trop bas pour pouvoir germer dans un cœur honnête. Je ne cherche point un homme parfait, mais je méprise un homme abject, & ne croirai jamais que les heureux penchans que vous trouvez dans J. J. puissent compatir avec des vices tels que ceux dont il est charge. Vous voyez que je n’insiste pas sur des faits aussi prouves qu’il y en ait au monde ; mais dont l’omission affectée d’une seule formalité énerve selon vous toutes les preuves. Je ne dis rien des créatures qu’il s’amuse à violer, quoique rien ne soit moins nécessaire, des écus qu’il escroque aux passans dans les tavernes, & qu’il nie ensuite d’avoir empruntes, des copies qu’il fait payer deux sois, de celles ou il fait de faux comptes, de l’argent qu’il escamote dans les payemens qu’on lui fait, de mille autres imputations pareilles. Je veux que tous ces faits, quoique prouves, soient sujets à chicane comme les autres ; mais ce qui est généralement