Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/318

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parce que ces objections sont fondées sur des principes moins clairs moins solides dans mon esprit, que ceux qui operent ma persuasion, que parce qu’en cédant à ces objections je tomberois dans d’autres encore plus invincibles. Je perdrois donc à ce changement la force de l’évidence, sans éviter l’embarras des difficultés. Vous dites que ma raison choisit le sentiment que mon cœur préféré, & je ne m’en défends pas. C’est ce qui arrive dans toute délibération ou le jugement n’a pas assez de lumieres pour se décider sans le concours de la volonté. Croyez-vous, qu’en prenant avec tant d’ardeur le parti contraire, vos Messieurs soient déterminés par un motif plus impartial ?

Ne cherchant pas à vous surprendre je vous devois d’abord cette déclaration. À présent jettons un coup-d’œil sur vos difficultés, si ce n’est pour les résoudre, au moins pour y chercher s’il est possible, quelque forte d’explication.

La principale & qui fait la base de toutes les autres, est celle que vous m’avez ci-devant proposée sur le concours unanime de toute la génération présente à un complot d’impostures & d’iniquité, contre lequel il seroit, ou trop injurieux au genre-humain de supposer qu’aucun mortel ne réclame s’il en voyoit l’injustice, ou, cette injustice étant aussi évidente qu’elle me paroît, trop orgueilleux à moi, trop humiliant pour le sens commun de croire qu’elle n’est apperçue par personne autre.

Faisons pour un moment cette supposition triviale que tous les hommes ont la jaunisse & que vous seul ne l’avez pas....... Je préviens l’interruption que vous me préparez.....Quelle plate comparaison ! qu’est-ce que c’est cette jaunisse ?....