Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/320

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le scélérat qu’on vous avoir peint, mais J. J. lui-même, que cette haine excitée d’abord par ses vices, en étoit devenue indépendante, s’étoit attachée à sa personne, & qu’innocent ou coupable, il étoit devenu, sans que vous vous en apperçussiez vous-même, l’objet de votre aversion. Aujourd’hui que vous me prêtez une attention plus impartiale, si je vous rappellois vos raisonnemens dans nos premiers entretiens, vous sentiriez qu’ils n’étoient point en vous l’ouvrage du jugement, mais celui d’une passion fougueuse qui vous dominoit à votre insçu. Voilà, Monsieur, cette cause étrangere qui séduisoit votre cœur si juste, & fascinoit votre jugement si sain dans leur état naturel. Vous trouviez une mauvaise face à tout ce qui venoit de cet infortune, & une bonne à tout ce qui tendoit à le diffamer ; les perfidies les trahisons les mensonges perdoient à vos yeux toute leur noirceur lorsqu’il en étoit l’objet, & pourvu que vous n’y trempassiez pas vous-même, vous vous étiez accoutume à les voir sans horreur dans autrui : mais ce qui n’étoit en vous qu’un égarement passager, est devenu pour le public un délire habituel, un principe contant de conduite, une jaunisse universelle, fruit d’une bile acre & répandue, qui n’altere pas seulement le sens de la vue, mais corrompt toutes les humeurs, & tue enfin tout-à-fait, l’homme moral qui seroit demeure bien constitue sans elle. Si J. J. n’eut point existe, peut-être la plupart d’entr’eux n’auroient-ils rien à se reprocher. Osez ce seul objet d’une passion qui les transporte, à tout autre égard ils sont honnêtes-gens, comme tout le monde.

Cette animosité, plus vive plus agissante que la simple