Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/335

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à recevoir la loi qu’a la faire, ne pouvoir par cela seul manquer dans ce nouveau système, d’être l’objet de la haine des chefs & du dépit des disciples : la foule empressée à suivre une route qui l’égare, ne voit pas avec plaisir ceux qui, prenant une route contraire, semblent par-là lui reprocher son erreur. *

[*J’aurois dû peut-être insister ici sur la ruse favorite de mes persécuteurs, qui est de satisfaire à mes dépens, leurs passions haineuses, de faire le mal par leurs satellites & de faire en sorte qu’il me soit impute. C’est ainsi qu’ils m’ont successivement attribue le système de la nature, la philosophie de la nature, la note du roman de Madame d’Ormoy, &c. C’est ainsi qu’ils tâchoient du faire croire au peuple que c’étoit moi qui ameutois les bandits qu’ils tenoient à leur solde, lors de la cherté du pain.]

Qui connoîtroit bien toutes les causes concourantes tous les differens ressorts mis en œuvre pour exciter dans tous les états cet engouement haineux, seroit moins surpris de le voir de proche en proche devenir une contagion générale. Quand une fois le branle est donne, chacun suivant le torrent, en augmente l’impulsion. Comment se défier de son sentiment, quand on le voit être celui de tout le monde, comment douter que l’objet d’une haine aussi universelle soit réellement un homme odieux ? Alors plus les choses qu’on lui attribue sont absurdes & incroyables, plus on est prêt à les admettre. Tout fait qui le rend odieux ou ridicule est par cela seul assez prouve. S’il s’agissoit d’une bonne action qu’il eut faite nul n’en croiroit à ses propres yeux, ou bientôt une interprétation subite la chargeroit du blanc au noir. Les méchants ne croyent