Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/338

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


aise, sans que personne au monde ose, tant on craint de lui, déplaire, songer à l’en empêcher, ni même à les lui reprocher. Laquelle de ces deux suppositions vous paroît la plus raisonnable & la plus admissible ?

Au reste, cette objection tirée du concours unanime de tout le monde à l’exécution d’un complot abominable, à peut-être plus d’apparence que de réalité. Premièrement l’art des moteurs de toute la trame a été de ne la pas de voila également à tous les yeux. Ils en ont garde le principal secret entre un petit nombre de conjures ; ils n’ont laisse voir ou reste des hommes que ce qu’il faloit pour les y faire concourir. Chacun n’a vu l’objet que par le cote qui pouvoit l’émouvoir, & n’a été initie dans le complot qu’autant que l’exigeoit la partie de l’exécution qui lui étoit confiée. Il n’y a peut-être pas dix personnes qui sachent à quoi tient le fond de la trame, & de ces dix, il n’y en a peut-être pas trois qui connoissent assez leur victime, pour être surs qu’ils noircissent un innocent. Le secret du premier complot est concentre entre deux hommes qui n’iront pas le révéler. Tout le reste des complices, plus ou moins coupables, se fait illusion sur des manœuvres qui, selon eux, tendent moins à persécuter l’innocence qu’a s’assurer d’un méchant. On a pris chacun par son caractere particulier, par sa passion favorite. S’il étoit possible que cette multitude de coopérateurs se rassemblât & s’éclairât par des confidences réciproques, ils seroient frappes eux-mêmes des contradictions absurdes qu’ils trouveroient dans les faits qu’on a prouves à chacun d’eux, & des motifs non-seulement differens, mais souvent contraires, par lesquels on les a fait