Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/339

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concourir tous à l’œuvre commune, sans qu’aucun d’eux en vit le vrai but. J. J. lui-même sait bien distinguer d’avec la canaille à laquelle il a été livre à Motiers à Trye à Monquin, des personnes d’un vrai mérite, qui, trompées plutôt que séduites, &, sans être exemptes de blâme, à plaindre dans leur erreur, n’ont pas laisse, malgré l’opinion qu’elles avoient de lui, de le rechercher avec le même empressement que les autres, quoique dans de moins cruelles intentions. Les trois quarts, peut-être, de ceux qu’on a fait entrer dans le complot, n’y restent que parce qu’ils n’en ont pas vu toute la noirceur. Il y a même plus de bassesse que de malice dans les indignités dont le grand nombre l’accable, & l’on voit à leur air à leur ton dans leurs manieres, qu’ils l’ont bien moins en horreur comme objet de qu’en dérision comme infortune.

De plus ; quoique personne ne combatte ouvertement l’opinion générale, ce qui seroit se compromettre à pure perte, pensez-vous que tout le monde y acquiesce réellement ? Combien de particuliers, peut-être, voyant tant de manœuvres & de mines souterraines, s’en indignent, refusent d’y concourir, & gémissent en secret sur l’innocence opprimée ! Combien d’autres ne sachant à quoi s’en tenir sur le compte d’un homme enlace dans tant de piéges, refusent de le juger sans l’avoir entendu, & jugeant seulement ses adroits persécuteurs, pensent que des gens à qui la ruse la fausseté la trahison content si peu, pourroient bien n’être pas plus scrupuleux sur l’imposture. Suspendus entre la force des preuves qu’on leur allègue, & celles de la malignité des accusateurs,