Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/345

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dans une maison très-estimable, ou la mere & trois filles charmantes, toutes trois dans la fleur de l’age & de la beauté, l’accabloient à l’envi d’amitiés & de caresses ? Est-ce en abusant de cette familiarité près de ces jeunes personnes, est-ce par des manieres ou des propos libres avec elles qu’il mérita l’indigne & nouvel accueil qui l’attendoit à Paris en les quittant ; & même encore aujourd’hui, des meres très-sages craignent-elles de mener leurs filles chez ce terrible satyre, devant lequel ces autres-la n’osent laisser un moment les leurs, chez elles & en leur présence ? En vérité, que des farces aussi grossieres puissent abuser un moment des gens sensés, il faut en être témoin pour le croire.

Supposons un moment qu’on eut ose publier tout cela dix ans plutôt & lorsque l’estime des honnêtes gens qu’il eut toujours des sa jeunesse, étoit montée au plus haut degrés : ces opinions, quoique soutenues des mêmes preuves, auroient-elles acquis le même crédit chez ceux qui maintenant s’empressent de les adopter ? Non, sans doute ; ils les auroient rejetées avec indignation. Ils auroient tous dit ; "quand un homme est parvenu jusqu’a cet age avec l’estime publique, quand sans patrie sans fortune & sans asyle, dans une situation gênée, & force, pour subsister, de recourir sans cesse aux expédiens, on n’en a jamais employés que d’honorables, & qu’on s’est fait toujours considérer & bien vouloir dans sa détresse, on ne commence pas après l’age mur, & quand tous les yeux sont ouverts sur nous, à se dévoyer de la droite route pour s’enfoncer dans les sentiers bourbeux du