Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/375

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prisons des geoliers des archers des galères. Tout cela paroît assez cruel. Les femmes de ces malheureux viendront assiéger ma porte & m’importuner de leurs cris, il faudra qu’on les chasse qu’on les maltraite. Les pauvres gens qui n’auront point braconne, & dont mon gibier aura fourrage la récolte viendront se plaindre de leur cote. Les uns seront punis pour avoir tue le gibier, les autres ruines pour l’avoir épargné : quelle triste alternative ! Je ne verrai de tous cotes qu’objets de misère, je n’entendrai que gémissemens : cela doit troubler beaucoup, ce me semble, le plaisir de massacrer à son aise des foules de perdrix & de lièvres presque sous les pieds.”

“Voulez -vous dégager les plaisirs de leurs peines ? Otez-en l’exclusion........ Le plaisir n’est donc pas moindre, & l’inconvénient en est ôte quand on n’a ni terre à garder ni braconnier à punir, ni misérable à tourmenter. Voila donc une solide raison de préférence. Quoi qu’on fasse, on ne tourmente point sans fin les hommes qu’on n’en reçoive aussi quelque mal-aise, & les longues malédictions du peuple rendent tôt ou tard le gibier amer." Emile L. 4.

14. " Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissans & les riches ? Tous les emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls ? Toutes les graces toutes les exemptions ne leur sont-elles pas réservées, & l’autorité publique n’est-elle pas toute en leur faveur ? Qu’un homme de considération vole ses créanciers ou fasse d’autres friponneries, n’est-il pas toujours sur de l’impunité ? Les coups de bâton qu’il distribue, les violences qu’il commet,