Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/389

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très-paradoxes, d’autres que je n’avois pu bien entendre. J’y croyois avoir senti des inégalités, même des contradictions. Je n’en avois pas saisi l’ensemble assez pour juger solidement d’un systême aussi nouveau pour moi. Ces livres la ne sont pas comme ceux d’aujourd’hui, des aggrégations de pensées détachées, sur chacune desquelles l’esprit du lecteur puisse se reposer. Ce sont les méditations d’un solitaire ; elles demandent une attention suivie qui n’est pas trop du goût de notre nation. Quand on s’obstine à vouloir bien en suivie le fil il y faut revenir avec effort & plus d’une fois. Je l’avois trouve passionne pour la vertu pour la liberté pour l’ordre, mais d’une véhémence qui souvent l’entraînoit au-delà du but. En tout je sentois en lui un homme très-ardent, très-extraordinaire, mais dont le caractere & les principes ne m’étoient pas encore assez développés. Je crus qu’en méditant très-attentivement ses ouvrages, & comparant soigneusement l’auteur avec l’homme que vous m’aviez peint, je parviendrois à éclairer ces deux objets l’un par l’autre, & a m’assurer si tout étoit bien d’accord & appartenoit incontestable au même individu. Cette question décidée me parut devoir me tirer tout-a-fait de mon irrésolution sur son compte, & prenant un plus vis intérêt à ces recherches que je n’avois fait jusqu’alors, je me fis un devoir, à votre exemple, de parvenir en joignant mes réflexions aux lumieres que je tenois de vous, à me délivrer enfin du doute ou vous m’aviez jette, & à juger l’accuse par moi-même après avoir juge ses accusateurs.

Pour faire cette recherche avec plus de suite & de recueillement, j’allai passer quelques mois à la campagne & j’y