Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/394

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


En saisissant peu-a-peu ce système par toutes ses branches dans une lecture plus réfléchie, je m’arrêtai pourtant moins d’abord à l’examen direct de cette doctrine, qu’a son rapport avec le caractere de celui dont elle portoit le nom, & sur le portrait que vous m’aviez fait de lui, ce rapport me parut si frappant que je ne pus refuser mon assentiment à son évidence. D’ou le peintre & l’apologiste de la nature aujourd’hui si défigurée & si calomniée peut-il avoir tire son modele, si ce n’est de son propre cœur ? Il l’a décrite comme il se sentoit lui-même. Les préjugés dont il n’étoit pas subjugue, les passions factices dont il n’étoit pas la proie, n’offusquoient point à ses yeux comme à ceux des autres ces premiers traits si généralement oublies ou méconnus. Ces traits si nouveaux pour nous & si vrais, une fois traces, trouvoient bien encore au fond des cœurs l’attestation de leur justesse, mais jamais ils ne s’y seroient remontres d’eux-mêmes, si l’historien de la nature n’eut commence par ôter la rouille qui les cachoit. Une vie retirée & solitaire, un goût vis de rêverie & de contemplation, l’habitude de rentrer en soi & d’y rechercher dans le calme des passions, ces premiers traits disparus chez la multitude, pouvoient seuls les lui faire retrouver. En un mot, il faloit qu’un homme se fut peint lui-même pour nous montrer ainsi l’homme primitif, & si l’auteur n’eut été tout aussi singulier que ses livres, jamais il ne les eut écrits, Mais ou est-il cet homme de la nature qui vit vraiment, de la vie humaine, qui comptant pour rien l’opinion d’autrui, se conduit uniquement d’après ses penchans & sa raison, sans égard à ce que public, approuve ou blâmé ? On le chercheroit en