Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/398

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d’intérêt aux livres que vous avez lus pour vouloir vous décider sur l’Auteur, & si vous haïssez assez l’injustice pour vouloir réparer celle que d’une façon si cruelle vous avez pu commettre à son égard, je vous propose premièrement de voir l’homme ; venez, je vous introduirai chez lui sans peine. Il est déjà prévenu ; je lui ai dit tout ce que j’ai pu dire à votre égard sans blesser mes engagemens. Il sait d’avance que si jamais vous vous présentez à sa porte, ce sera pour le connoître, & non pas pour le tromper. Après avoir refuse de le voir tant que vous l’avez juge comme à fait tout le monde, votre premiere visite sera pour lui la consolante preuve que vous ne dessaperez plus de lui devoir votre estime & d’avoir des torts à réparer envers lui.

Si-tôt que, cessant de le voir par les yeux de vos Messieurs, vous le verrez par les vôtres, je ne doute point que vos jugemens ne confirment les miens, & que retrouvant en lui l’Auteur de ses livres, vous ne restiez persuade, comme moi, qu’il est l’homme de la nature, & point du tout le monstre qu’on vous a peint sous son nom. Mais enfin pouvant nous abuser l’un & l’autre dans des jugemens destitues de preuves positives & régulières, il nous restera toujours une juste crainte fondée sur la possibilité d’être dans l’erreur, & sur la difficulté d’expliquer, d’une maniere satisfaisante, les faits allégués contre lui. Un pas seul alors nous reste à faire pour constater la vérité, pour lui rendre hommage & la manifester à tous les yeux : c’est de nous réunir pour forcer enfin vos Messieurs à s’expliquer hautement en sa présence & à confondre un coupable aussi impudent, ou du moins à nous dégager