Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/407

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Bien persuade de son innocence, je n’aurai jamais l’indignité de parler la-dessus contre ma pensée, ni de joindre contre lui ma voix à la voix publique, comme j’ai fait jusqu’ici dans une autre opinion. Mais ne vous attendez pas non plus que j’aille étourdiment me porter à découvert pour son défenseur & forcer ses délateurs à quitter leur masque pour l’acculer hautement en face. Je serois en cela une démarche aussi imprudente qu’inutile à laquelle je ne veux point m’exposer. J’ai un état des amis à conserver, une famille à soutenir, des patrons à ménager. Je ce veux point faire ici le Dom Quichotte & lutter contre les puissances pour faire un moment parler de moi, & me perdre pour le reste de ma vie. Si je puis réparer mes torts envers l’infortune J. J. & lui être utile sans m’exposer, à la bonne heure ; je le ferai de tour mon cœur. Mais si vous attendez de moi quelque démarche, d’éclat qui me compromette & m’expose au blâmé des miens, détrompez-vous ; je n’irai jamais jusques-la. Vous ne pouvez vous-même aller plus loin que vous n’avez fait sans manquer à votre parole, & me mettre avec vous dans un embarras dont nous ne sortirions ni l’un ni l’autre aussi aisément que vous l’avez présume.

Rousseau.

Rassurez-vous, je vous prie ; je veux bien plutôt me conformer moi-même à vos résolutions que d’exiger de vous rien qui vous déplaise. Dans la démarche que j’aurois désire de faire, j’avois plus pour objet notre entiere & commune satisfaction que de ramener ni le public ni vos Messieurs aux sentimens