Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/410

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paroît dédaigner si fort. Alors seulement on pourra sans risque le laisser errer parmi nous avec honte, quand il sera bien authentiquement convaincu & démasque. Jusques à quand soffrirez-vous cet odieux scandale qu’avec la sécurité de l’innocence le crime ose insolemment provoquer la vertu qui gauchit devant lui & se cache dans l’obscurité ? C’est lui qu’il faut réduire à cet indigne silence que vous gardez lui présent : sans quoi l’avenir ne voudra jamais croire que celui qui se montre seul & sans crainte est le coupable, & que celui qui, bien escorte, n’ose l’attendre est l’innocent."

En leur parlant ainsi nous les aurions forces à s’expliquer ouvertement, ou à convenir tacitement de leur imposture, & par la discussion contradictoire des faits nous aurions pu porter un jugement certain sur les accusateurs & sur l’accuse, & prononcer définitivement entre eux & lui. Vous dites que les juges & les témoins entrant tous dans la ligue auroient rendu la prévarication très-facile à exécuter très-difficile à découvrir, & cela doit être : mais il n’est pas impossible aussi que l’accuse n’eut trouve quelque réponse imprévue & péremptoire qui eut démonté toutes leurs batteries & manifeste le complot. Tout est contre lui, je le sais, le pouvoir, la ruse, l’argent, l’intrigue, le tems, les préjugés, son ineptie, ses distractions, son défaut de mémoire, son embarras de s’énoncer, tout enfin, lors l’innocence & la vérité qui seules lui ont donne l’assurance de rechercher de demander de provoquer avec ardeur ces explications qu’il auroit tant de raisons de craindre si sa conscience déposoit contre lui. Mais ses desirs attiédis ne sont plus animes, ni par l’espoir d’un succès qu’il ne peut plus attendre