Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/426

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de tirer à son insçu les feuilles destinées pour le public, & ou le texte eut été accommode selon les vues de nos Messieurs. Rien n’eut été si facile par la maniere dont il est enlace que de lui cacher ce petit manége, & de le faire ainsi servir lui même à autoriser la fraude dont il devoit être la victime & qu’il eut ignorée, croyant transmettre à la postérité une édition fidelle de ses écrits. Mais soit dégoût soit paresse soit qu’il ait eu quelque vent du projet, non content de s’être refuse à la proposition, il a désavoue dans une protestation signée tout ce qui s’imprimeroit désormais sous son nom. L’on a donc pris le parti de se passer de lui & d’aller en avant comme s’il participoit à l’entreprise. L’édition se fait par souscription s’imprime, dit-on, à Bruxelles en beau papier beau caractere belles estampes. On n’épargnera rien pour la prôner dans toute l’Europe, & pour en vanter sur-tout l’exactitude & la fidélité, dont on ne doutera pas plus que de la ressemblance du portrait publie par l’ami Hume. Comme elle contiendra beaucoup de nouvelles pieces refondues ou fabriquées par nos Messieurs, on aura grand soin de les munir de titres plus que suffisans auprès d’un public qui ne demande pas mieux que de tout croire, & qui ne s’avisera pas si tard de faire le difficile sur leur authenticité.

Rousseau.

Mais comment ! cette déclaration de J. J. dont vous venez de parler ne lui servira donc de rien pour se garantir de toutes ces fraudes, & quoiqu’il puisse dire, vos Messieurs feront passer sans obstacle tout ce qu’il leur plaira d’imprimer sous son nom ?