Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/438

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par conséquent incompatibles, puisque le système fondamental de l’un & de l’autre étoit de régner despotiquement. Chacun voulant régner seul ils ne pouvoient partager l’empire & régner ensemble ; ils s’excluoient mutuellement. Le nouveau, suivant plus adroitement les erremens de l’autre, l’a supplante en lui débauchant ses appuis, & par eux est venu à bout de le détruire. Mais on le voit déjà marcher sur ses traces avec autant d’audace & plus de succès, puisque l’autre a toujours éprouve de la résistance & que celui-ci n’en éprouve plus. Son intolérance plus cachée & non moins cruelle ne paroît pas exercer la même rigueur parce qu’elle n’éprouve plus de rebelles ; mais s’il renaissoit quelques vrais défenseurs du théisme de la tolérance & de la morale, on verroit bientôt s’élever contr’eux les plus terribles persécutions ; bientôt une inquisition philosophique plus cauteleuse & non moins sanguinaire que l’autre, seroit brûler sans miséricorde quiconque oseroit croire en Dieu. Je ne vous déguiserai point qu’au fond du cœur je suis reste croyant moi-même aussi bien que vous. Je pense là-dessus, ainsi que J. J., que chacun est porte naturellement à croire ce qu’il désire, & que celui qui se sent digne du prix des ames justes ne peut s’empêcher de l’espérer. Mais sur ce point comme sur J. J. lui-même, je ne veux point professer hautement & inutilement des sentimens qui me perdroient. Je veux tacher d’allier la prudence avec la droiture, & ne faire ma véritable profession de soi que quand j’y serai force sous peine de mensonge.

Or cette doctrine de matérialisme & d’athéisme prêchée, & propagée avec toute l’ardeur des plus zélés missionnaires