Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/441

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suivre celles de la pitié. Il y a dans la disposition publique un prestige entretenu par les chefs de la ligue. S’ils se relachoient un moment de leur vigilance, les idées devoyées par leurs artifices ne tarderoient pas à reprendre leur cours naturel, & la tourbe elle-même, ouvrant enfin les yeux, voyant ou l’on l’a conduite, s’étonneroit de son propre égarement. Cela, quoique vous en diriez, arrivera tôt ou tard. La question si cavalièrement décidée dans notre siecle sera mieux discutée dans un autre quand la haine dans laquelle on entretient le public cessera d’être fomentée ; & quand dans des générations meilleures celle-ci aura été mise à son prix, les jugemens formeront des préjugés contraires ; ce sera une honte d’en avoir été loue, & une gloire d’en avoir été hai. Dans cette génération même il faut distinguer encore, & ses auteurs du complot & ses directeurs des deux sexes & leurs confidens en très-petit nombre inities peut-être dans le secret de l’imposture, d’avec le public qui trompe par eux & le croyant réellement coupable se prête sans scrupule à tout ce qu’ils inventent pour le rendre plus odieux de jour en jour. La conscience éteinte dans les premiers n’y laisse plus de prise au repentir. Mais l’égarement des autres est l’effet d’un prestige qui peut s’évanouir, & leur conscience rendue à elle-même peut leur faire sentir cette vérité si pure& si simple, que la méchanceté qu’on employé à diffamer un homme prouve que ce n’est point pour sa méchanceté qu’il est diffame. Si-tôt que la passion & la prévention cesseront d’être entretenues, mille choses qu’on ne remarque pas aujourd’hui frapperont tous les yeux. Ces éditions frauduleuses