Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/443

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discipline, des femmes sans mœurs,*

[*Je viens d’apprendre que la

génération présente se vante singulièrement de bonnes mœurs. J’aurois du deviner cela. Je ne doute pas qu’elle ne se vante aussi de désintéressement, de droiture, de franchise & de loyauté. C’est être aussi loin des vertus qu’il est possible’que d’en perdre l’idée au point de prendre pour elles les vices contraires. Au reste il est très-naturel qu’à force de lourdes intrigues & de noirs complots, à force de se nourrir de bile & de fiel on perde enfin le goût des vrais plaisirs. Celui de nuire une fois goûte rend insensible à tous les autres : c’est une des punitions des mechans. ] des peuples sans foi, des Rois sans loi, sans supérieur qu’ils craignent & délivrés de toute espece de frein, tous les devoirs de la conscience anéantis, l’amour de la patrie & l’attachement au Prince éteints dans tous les cœurs, enfin nul autre lien social que la force ; on peut prévoir aisément, ce me semble, ce qui doit bientôt résulter de tout cela. L’Europe en proie à des maîtres instruits par leurs instituteurs mêmes à n’avoir d’autre guide que leur intérêt, ni d’autre Dieu que leurs passions ; tantôt lourdement affamée, tantôt ouvertement dévastée, par-tout inondée de soldats*

[* Si j’ai le bonheur de trouver enfin un lecteur équitable quoique François, j’espere qu’il pourra comprendre au- moins cette fois, qu’Europe & France ne sont pas pour moi des mots synonymes.] de comédiens de filles publiques de livres corrupteurs & de vices destructeurs, voyant naître & périr dans ton sein des races indignes de vivre, sentira tôt ou tard, dans les calamites le fruit des nouvelles instructions, & jugeant d’elles par leurs funestes effets prendra dans la même horreur & les professeurs & les disciples & toutes ces doctrines cruelles qui, laissant l’empire absolu de l’homme à ses sens, & bornant tout à la jouissance de cette courte vie, rendent le siecle ou elles regnent aussi méprisable que malheureux.