Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/456

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qui entoure le Chœur. Les portes de cette grille étoient fermées, de sorte que cette partie des bas -cotes dont je viens de parler étoit vuide & qu’il m’étoit impossible d’y pénétrer. Au moment ou j’apperçus cette grille je fus saisi d’un vertige comme un homme qui tombe en apoplexie, & ce vertige sut suivi d’un bouleversement dans tout mon être, tel que je ne me souviens pas d’en avoir éprouve jamais un pareil. L’Eglise me parut avoir tellement change de face que doutant si j’étois bien dans Notre-Dame, je cherchois avec effort à me reconnoître & a mieux discerner ce que je voyois. Depuis trente-six ans que je suis à Paris, j’étois venu sort souvent & en divers tems à Notre-Dame ; j’avois toujours vu le passage autour du Chœur ouvert & libre, & je n’y avois même jamais remarque ni grille ni porte autant qu’il put m’en souvenir. D’autant plus frappe de cet obstacle imprévu que je n’avois dit mon projet à personne, je crus dans mon premier transport voir concourir le Ciel même à l’œuvre d’iniquité des hommes & le murmure d’indignation qui m’échappa ne peut être conçu que par celui qui sauroit se mettre à ma place, ni excuse que par celui qui sait lire au fond des cœurs.

Je sortis rapidement de l’Eglise, résolu de n’y rentrer de mes jours, & me livrant à toute mon agitation, je courus tout le reste du jour, errant de toutes parts sans