Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/463

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Je fis donc mon petit écrit en forme de billet & j’eus la patience d’en tirer un grand nombre de copies. Mais pour en faire la distribution, j’éprouvai un obstacle que je n’avois pas prévu, dans le refus de le recevoir par ceux à qui je le présentois. La suscription étoit, À tout François aimant encore la justice & la vérité. Je n’imaginois pas que sur cette adresse aucun l’osât refuser ; presque aucun ne l’accepta. Tous après avoir lu l’adresse me déclarerent avec une ingénuité qui me fit rire au milieu de ma douleur qu’il ne s’adressoit pas à eux. Vous avez raison, leur disois-je en le reprenant, je vois bien que je m’étois trompe. Voilà la seule parole franche que depuis quinze ans j’aye obtenue d’aucune bouche Françoise.

Econduit aussi par ce cote, je ne me rebutai pas encore. J’envoyai des copies de ce billet en réponse à quelques lettres d’inconnus qui vouloient à toute force venir chez moi, & je crus faire merveilles en mettant au prix d’une réponse décisive à ce même billet l’acquiescement à leur fantaisie. J’en remis deux ou trois autres aux personnes qui m’accostoient ou qui me venoient voir. Mais tout cela ne produisit que des réponses amphigouriques & normandes qui m’attestoient dans leurs auteurs une fausseté à toute épreuve.

Ce dernier mauvais succès, qui devoit mettre le comble