Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/468

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me paroîtront avoir néanmoins encore du ressort dans l’ame & pouvoir être quelque chose par eux- mêmes. Tous, je n’en doute pas, resteront sourds a mes raisons, insensibles a ma destinée, aussi caches & faux qu’auparavant. C’est un parti pris universellement & sans retour, sur-tout par ceux qui m’approchent. Je sais tout cela d’avance, & je ne m’en tiens pas moins a cette derniere résolution, parce qu’elle est le seul moyen qui reste en mon pouvoir de concourir a l’œuvre de la providence, & d’y mettre la possibilité qui dépend de moi. Nul ne m’écoutera, l’expérience m’en avertit, mais il n’est pas impossible qu’il s’en trouve un qui m’écoute, & il est désormais impossible que les yeux des hommes s’ouvrent d’eux-mêmes a l’a vérité. C’en est assez pour m’imposer l’obligation de la tentative, sans en espérer aucun succès. Si je me contente de laisser cet écrit après moi, cette proie n’échappera pas aux mains de rapine qui n’attendent que ma derniere heure pour tout saisir & brûler ou falsifier. Mais si parmi ceux qui m’auront lu il se trouvoit un seul cœur d’homme ou seulement un esprit vraiment sensé, mes persécuteurs auroient perdu leur peine, & bientôt la vérité perceroit aux yeux du public. La certitude, si ce bonheur inespéré m’arrive, de ne pouvoir m’y tromper un moment, m’encourage a ce nouvel essai. Je sais d’avance quel ton tous prendront après