Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/115

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des mœurs dans les états où la morale la plus pure regne avec le plus de vigueur ? La plus nombreuse partie des sujets d’un pareil Etat, est toujours privée de la belle éducation ; & il est, sans doute, encore parmi l’autre, des natures assez rebelles pour conserver leurs passions, leur méchanceté, malgré le pouvoir des Sciences & des Arts. Un siecle éclairé, policé, est plus frappé qu’un autre de ces anecdotes honteuses au genre-humain. II est fécond en Historiens qui ne manquent pas de les transmettre à la postérité ; mais combien de mille volumes contre un, n’auroit-on pas rempli des noirceurs qui se sont passées dans les siecles barbares, dans les siecles de fer, s’ils n’y avoient pas été trop communs pour mériter attention, ou s’il s’y étoit trouvé des spectateurs, gens de probité, & en état d’écrire ?

Mais pourquoi chercher — libres & invincibles. Epurer les mœurs, & donner ce que l’Auteur entend ici par courage, sont deux choses tout-a-fait différentes, & peut-être même opposées.

La valeur guerriere est de deux sortes ; l’une que j’appellerai avec l’Auteur courage, a son principe dans les passions vives de l’ame, & un peu dans la forcé du corps ; celle-ci nous est donnée par la nature, c’est elle qui distingue le dogue d’Angleterre du barber & de l’épagneul ; le propre nom de ce courage est la férocité, & il est par conséquent un vice. La valeur guerriere de la deuxieme espece, & celle qui mérite vraiment le nom de valeur, est la vertu d’une ame grande & éclairée tout ensemble, qui pénétrée de la justice d’une cause, de la nécessité & de la possibilité de la défendre, & la croyant