Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/123

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Médecin malgré lui, & aux autres badinages de Moliere contre la Faculté. Si les Dieux mêmes n’appelloient pas du Tribunal integre des Athéniens ; c’étoit donc dans ses accès de folie que ce peuples s’en écartoit. On n’a jamais rapporté sérieusement, pour décrier des choses regardées comme excellentes, divines, les incartades & les insultes d’un peuple plus tumultueux & plus orageux que la mer. Passeroit-on pour raisonnable, si l’on vouloir prouver qu’Alcibiade & Thémistocle les plus grands hommes de la Grece étoient des lâches & des traîtres, parce que les Athéniens les ont exilés & condamnés à mort ? Qu’Aristide, surnommé le juste, le plus homme de bien que la République ait jamais eu, dit Valere Maxime, ait été un infâme, parce que cette même République l’a banni ? Ces trames séditieuses, ces bourasques du peuple, dont la jalousie, l’inconstance, & l’étourderie sont les seuls mobiles, ne prouvent-elles pas plutôt le mérite supérieur & l’excellence de l’objet de leur fureur ? Que t’a fait Aristide, dit ce sage lui-même à un Athénien de l’assemblée qui le condamnoit ? Rien, lui répond le conjuré, je ne le connois pas même ; mais je m’ennuie de l’entendre toujours appeller le juste. Voilà de ces gens raisonnables sur lesquels notre Orateur fonde ses preuves.

Oublierois-je que ce fut — & les Artistes, les Sciences & les Savans. Le but de Lycurgue étoit moins de faire des honnêtes gens que des soldats dans un pays qui en avoir grand besoin, parce qu’il étoit peu étendu, peu peuplé. Par cette raison toutes les loix de Sparte visoient à la barbarie, à la férocité plutôt qu’à la vertu. C’est pour arriver à ce but qu’elles éteignoient dans les peres & meres les germes de la tendresse