Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/131

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veut pas fermer les yeux. Voyez sur l’utilité de toutes les Sciences la célebre préface que M. de Fontenelle a mis à la tête de l’histoire de l’Académie.

L’éloquence — du mensonge. Est -ce à soutenir tous ces vices que Démosthene & Cicéron ont employé leur éloquence ? Est-ce à ce détestable usage que nos Orateurs, nos Prédicateurs l’emploient ? Il en est qui en abusent, j’en croirai l’Auteur du Discours sur sa parole ; mais combien plus s’en trouvent-ils qui la sont servir à éclairer l’esprit & à diriger les mouvemens du cœur à la vertu ? Au moins, c’est ainsi qu’en pensoit l’Orateur Romain. Il s’y connoissoit un peu. Ecoutons-le un moment sur cette matiere. Il a examiné à fond la question qui est agitée dans ce Discours, par rapport à l’éloquence. Il a aussi reconnu qu’on en pouvoit faire un très-mauvais usage ; mais, tout bien pesé, il conclut que, de quelque côté qu’on considere le principe de l’éloquence, on trouvera qu’elle doit son origine aux motifs les plus honnêtes, aux raisonnemens les plus rages.*

[* Saepè & multum hoc mihi cogitavi, boni ne an mali plus attulerit hominibus & civitatibus copia dicendi, ac summum eloquentiae studium.... si voluntas hujus rei, quqe vocatur eloquentia, seve artis, sive studii, sive exercitationis cujusdam, sive factultatis à naturâ profectae considerare principium ; reperiemus id ex honestissimus causis natum, atque optimis rationibus profectum. De inventione l. 1. p. 5. 6. ex edit. Glasg.] "Quant à ses effets ; quoi de plus noble, dit-il, de plus généreux, de plus grand que de secourir l’innocent, que de relever l’opprimé ; que d’être le salut, le libérateur des honnêtes gens, de leur sauver l’exil ? Quel autre pouvoir que l’éloquence a été capable de rassembler les hommes jadis dispersés dans les