Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/140

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Non, il n’est pas possible — le courage leur manqueroit. Sont-ce les Savans qui s’occupent de soins futiles ? Sont-ce les gens occupés aux Arts ? Non certes, ce sont les riches ignorans. Cet argument prouve donc contre son Auteur.

Tout artiste veut être applaudi — entraîne à son tour la corruption du goût. Je connois une infinité de gens qui font passionnés pour les desseins baroques, pour la difficultueuse musique Italienne qui est du même genre ; pour les ouvrages connus sous le nom de gentillesses, & qui sont néanmoins les plus honnêtes gens du monde. Leurs mœurs ne se ressentent point du tout de leur mauvais goût ; il me semble même que je ne vois aucune liaison entre le goût & les mœurs, parce que les objets en sont tout différens.

Le goût se corrompt, parce que n’y ayant qu’une bonne façon de penser & d’écrire, de peindre, de chanter, &c. & le siecle précédent l’ayant, pour ainsi dire, épuisée, on ne veut ni le copier, ni l’imiter ; & par la fureur de se distinguer, on s’écarte de la belle nature, on tombe dans le ridicule & dans le baroque.

L’esprit qu’on veut avoir gâte celui qu’on a.

Du cœur, de la nature, on perd l’heureux langage,

Pour l’absurde talent d’un triste persifflage.

GRESSET.

Dans un genre plus sérieux, les génies transcendans du siecle passé ayant enfanté, & exécuté le sublime, le hardi projet de ruiner les folles imaginations des Péripatéticiens, leurs facultés, leurs vertus occultes de toutes les especes ; on a passé un