Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/148

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Tout ceci est encore exagéré. Les grands hommes de la Grece & de Rome, leurs actions vertueuses, telles que la piété d’Enée, la chasteté de Lucrece, sont partie des ornemens de nos jardins & de nos galeries, aussi bien que les métamorphoses d’Ovide ; dans celles-ci mêmes, combien d’allégories de la meilleure morale, & ce sont pour l’ordinaire ces sujets qu’on choisit pour exposer en public.

D’ailleurs ces décorations des jardins & des galeries ne sont pas faites pour les enfans. Leurs galeries ordinaires sont les figures de la bible, &. il y a là une abondante collection d’exemples de vertus.

D’où naissant tous ces abus, — d’un livré s’il est utile, mais s’il est bien écrit. Ce texte est une pure déclamation. On ne fait point de cas d’un homme de talent qui n’est pas honnête homme, ni d’un livré bien écrit, si l’objet en est frivole. On n’estimeroit point, par exemple, ce Discours, quelque séduisant qu’il soit, si l’on ne sentoit que le véritable but de l’Auteur est, non pas d’anéantir la culture Sciences & des Arts, mais d’obtenir de ceux qui s’y appliquent, de ne point en abuser, & d’être encore plus vertueux que savans.

Les récompenses — aucun pour les belles actions. La proposition n’est pas exactement vraie. Il y a en France beaucoup de récompenses, beaucoup de croix de Chevaliers, de pensions, de titres de noblesse, &c. pour les belles actions ; malgré cela je trouvé, comme l’Auteur, qu’il n’y en a pas encore assez, & qu’il devroit y avoir réellement des prix de morale pratique, comme il y a des prix de physique, d’éloquence,