Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/15

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bien des questions auxquelles je ne pourrois répondre sensément, si je n’avois pas encore acquis cette justesse d’esprit qu’on admire dans ses répliques. Il n’y aura donc plus, me diroit-on, de Théologiens, d’Avocats, d’Architectes, de Médecins, &c. ? Non, répondrois-je, les Sauvages sont des hommes & ils s’en passent bien. Eh quoi ! Voulez-vous donc nous réduire à lacondition des Sauvages, à vivre comme les Hottentots, lesIroquois, les Patagons, les Marocotas ? Pourquoi non ? Y a-t-ilquelqu’un de ces noms là qui donne l’exclusion à la vertu ? Je pourrois faire plusieurs réponses semblables que me fourniroit M. Rousseau ; mais si l’on me faisoit des objections qu’il n’auroit pas prévues, je serois fort embarrassé. Je tâcherois, il est vrai, de me tirer d’affaire comme lui. Je me contredirois souvent, afin deme ménage des moyens de défense. Ceux qui aimeroientassez le bien public pour oser m’attaquer, je leur répondroisavec une politesse semblable à celle des Hurons ou des Illinois. Je changerois tellement le sens de leurs réponses, qu’il deviendroitridicule, ou je leur ferois dire tout le contraire de ce qu’ilsauroient dit. J’en imposerois par ce moyen à tous ceux qui seroient assez sots pour être les dupes de mon éloquence, assez paresseux pour rien ne examiner par eux-mêmes. Mais il m’en coûteroit trop poursuivre les traces de M. Rousseau ; nos sentiments sont tropopposés. Je ne pourrois jamais me résoudre à dire aux Princes :aimez les talens, protégez ceux qui les cultivent, à cause que lesSciences, les Lettres & les Arts étendent des guirlandes defleurs sur les chaînes de fer dont les Peuples sont chargés, étouffent en eux le sentiment