Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/171

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dans ceux qui sont destinés à l’enseigner aux autres, à la défendre, & telle que la possédoient les grands hommes que je viens de citer, dignes modelés pour ceux de notre siecle ; tout le monde fait qu’elle suppose la connoissance des langues savantes, celle de la Philosophie, celle de l’Eloquence, celle enfin de toutes les sciences humaines, puisque ce sont des hommes qu’il est question de sauver, & que l’art de leur inculquer les vérités nécessaires à ce sublime projet, doit employer tous les moyens connus d’affecter leurs sens & de convaincre leur raison.

Sont-ce des savans, dit M. Rousseau, que Jesus-Christ a choisis pour répandre sa doctrine dans l’univers ? Ne sont-ce pas des pêcheurs, des artisans, des ignorans ?

Les Apôtres étoient réellement des ignorans, quand Dieu les a choisis pour millionnaires de sa Loi, & il les a choisis tels exprès pour faire éclater davantage sa puissance ; mais quand ils ont annoncé, prêché cette doctrine du salut, peut-on dire qu’ils étoient des ignorons ? Ne sont-ils pas au contraire un exemple authentique, par lequel Dieu déclare à l’univers que la science du salut suppose les connoissances, même les connoissances humaines les plus universelles, les plus profondes ? L’Etre suprême veut faire d’un artisan, d’un pêcheur, un chrétien, un sectateur, & un prédicateur de l’Evangile ; voilà que l’Esprit Saint anime cet artisan, & le transforme en un homme extraordinaire, qui parle d’abord les langues connues,& qui par la forcé de son éloquence, convertit dans un seul sermon trois mille ames. On fait ce que suppose une éloquence si persuasive, si victorieuse, au milieu d’un peuple endurci au point d’être encore aujourd’hui dans les ténebres à