Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/179

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Pour être méchant, il n’y a qu’à laisser agir la nature, suivre ses instincts : pour être bon, bienfaisant, vertueux, il faut se replier sur soi-même ; il faut penser, réfléchir ; & c’est ce que nous sont faire les Sciences & les Beaux-Arts.

Que ceux qui ont abusé réellement des Sciences & des Arts ne l’aient fait que par une dépravation qu’ils tenoient déjà de la nature, & qui ne vient point du tout de cette culture ; c’est ce qui est évident à quiconque fait attention au but des Sciences & des Arts qu’on nous permettra de rappeller ici. Le premier de tous, objet de la science, de la religion & des mœurs, est de régler les mouvemens du cœur à l’égard de Dieu & du prochain : le second, qui est l’objet de la science de la nature, est de donner à l’esprit la justesse & la sagacité nécessaires dans les recherches & les raisonnemens qu’exige cette science, qui en elle-même est l’étude des ouvrages du Créateur, & nous représente sans cessé sa grandeur, sa puissance, sa sagesse ; en même tems qu’elle nous offre les fonds où nous puisons de quoi pourvoir à nos nécessités. Enfin, le troisieme but, objet particulier des Arts, est de réduire en pratique la théorie précédente, & de travailler nous procurer les besoins & les commodités de la vie.

Comment prouvera-t-on que des talens faits pour former le cœur au bien, à la vertu, diriger l’esprit à la vérité, & exercer les forces du corps à des travaux nécessaires & utiles, fassent tout le contraire de leur destination ? Sans une nature dépravée à l’excès, comment abuser de moyens si précieux & faits exprès pour nous conduire à des fins si louables ? Et n’est-il pas visible que c’est cette dépravation antécédente,